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"On ne savait pas..." ?

"On ne savait pas ..." ?

Voici l'article écrit en septembre 2008 par Mahmoud Ibrahime à propos des "problèmes" de transports aériens aux Comores. 

 

Paris, lundi 08 septembre 2008 (HZK-Presse)  :   Quand vient la fin de l´été, les Comoriens de France, de retour du pays, passent par la même phase de protestations, avant même d´évoquer les paysages, les plages, les pique-niques et les retrouvailles avec la famille et les amis. Ils se plaignent d´abord des conditions de transport, des escales pénibles, des retards qui ressemblent à des reports de voyages, des bagages perdus, des retards d´avions, du surbooking, des problèmes avec la police comorienne à l´aéroport de Hahaya et même parfois des incidents techniques qui obligent certains avions à se poser en catastrophe. C´est une habitude. Chaque Comorien de la diaspora a son histoire ou ses histoires de compagnies aériennes irrespectueuses qu´il raconte avec une pointe d´amertume au fond de la gorge et le sentiment de profonde injustice. Cela dure depuis près de 15 ans. Mais aucune plainte n´a jamais été déposée.


Les demandes d´indemnisation sont rares. L´Etat comorien préfère fermer les yeux. Dans tous les cas, passé le mois de novembre, les protestations et les associations créées en août ou en septembre disparaissent avec la baisse des tarifs.


Tabassage et crachats


Une différence toutefois cette année. Le mouvement a commencé plus tôt. Il faut dire qu´un fait est venu troubler les esprits. Lors d´une escale à Sanaa (Yemen), le 12 juillet 2008, des voyageurs remarquent des mécaniciens qui s´affairent sur l´avion qui doit les transporter vers Moroni. La compagnie Yemenia a l´habitude d´utiliser un appareil plus vieux en direction ou en provenance de Moroni, tandis qu´entre Paris et Sanaa, il est plus conforme aux exigences des transports internationaux. Plusieurs fois, cet avion a eu des avaries. Les voyageurs s´inquiètent et demandent des explications, les choses s´enveniment et les forces de sécurité usent de leurs cross et certains auraient même craché sur les passagers en transit, selon plusieurs témoins indirects. Un jeune homme, Ahmed Tabibou est roué de coups et doit être hospitalisé sur place. L´avion décolle, mais doit revenir d´urgence à Sanaa car la tante du jeune Ahmed, Mme Urango Tabibou tombe dans le coma.


Selon Cheha Ahamada, un responsable d´agence à Paris, la compagnie Yemenia (que nous n´avons pu joindre ni par téléphone ni par email) prétend que le jeune homme a été agressé parce qu´il filmait au sein de l´aéroport. Un proche de la famille, Saïd Gamal, qui s´est rendu sur place pour prendre des nouvelles et assurer le rapatriement de sa cousine, deux yemenites charges de la sécurité dans l´aéroport et qui ont craché sur les passagers auraient déjà été licenciés. Mais, il n´en fallait pas plus aux passagers de la compagnie pour se plaindre, à leur retour de l´arrogance, supposée éternelle, des Arabes.


Dans tous les cas, une dame qui voulait simplement se rendre chez elle pour passer des vacances dans sa famille est aujourd´hui, encore, suivie par un médecin à Paris, traumatisée par l´avion et pour cela interdit de voyager pendant un an.

            
Une première manifestation


Après plusieurs réunions, les Comoriens de Marseille ont manifesté le 11 août à l´aéroport de Marignane pour dénoncer la cherté des billets, mais aussi les mauvais traitements dont ils sont victimes par les agences et les compagnies de transports aériens qui desservent l´archipel. Une première. Les organisateurs  pointent du doigt le fait que le billet qui valait environ 615 euros de mars à mai soit monté jusqu´à 1800 euros en juin, juillet et août. Pour eux, la hausse du pétrole n´explique pas tout. D´autres pays, parmi les voisins des Comores, payent beaucoup moins pour retourner chez eux.


Yemenia, la principale visée par cette manifestation (une banderole affichait : « Stop aux avions poubelles à Sana ») aurait menacé de quitter les Comores. Mais certains interprètent un éventuel départ de Yemenia comme la conséquence de l´arrivée prochaine d´une nouvelle concurrente. Mais, le moins que l´on puisse dire c´est que Yemenia en a connues de « nouvelles compagnies » qui ont fait un petit tour et sont parties. La compagnie est depuis si longtemps presque seule sans le ciel comorien, surtout en dehors de la période estivale. Ceci peut expliquer cela. Pourtant, la détermination des organisateurs était grande et s´est vue dans le fait qu´ils n´ont pas hésité à imposer des sanctions de types traditionnels à deux personnalités comoriennes de la ville de Marseille (dont fundi Dhanouni) soupçonnées d´être de connivence avec la compagnie du Yemen. Ils ont également décidé de ne pas en rester là et de mobiliser tous les Comoriens de France.


Tous à Paris.


C´est ainsi que le 30 août dernier, les Comoriens de Marseille ont organisé une réunion à La Courneuve en région parisienne. L´objectif était d´informer les Parisiens des actions qu´ils ont déjà entreprises en vue de faire pression sur les agences et les transporteurs. Près de 120 Comoriens de Marseille, Nice et Lyon, hommes, femmes, notables et intellectuels sont venus à Paris en cars pour l´occasion.


La réunion a été émaillée de nombreux témoignages qui dénonçaient les malheurs que subissent les Comoriens pendant leurs voyages. Si certains se sont indignés du « fait qu´ils sont traités comme des animaux » à Sanaa, d´autres ont expliqué que les contrôles par la police française, lors d´une escale technique à Dzaoudzi (Mayotte) ne vise qu´une chose : humilier un peu plus les Comoriens. Mustapha Abdou Raouf, un militant de la Société civile à Paris, affirme que pour ces contrôles, « les gens sont obligés de descendre pour faire monter d´abord les Comoriens de Mayotte ».


Lors de la réunion du 30 août, les Parisiens ont été invités à s´organiser en commission pour intégrer une « coordination nationale » qui aura pour objectif de négocier la baisse des tarifs et les conditions de transit. Cette coordination devrait aussi agir auprès des autorités comoriennes pour qu´elles s´intéressent aux conditions dans lesquelles voyagent les Comoriens qui vivent à l´extérieur.


Samedi 6 septembre, les Parisiens ont donc organisé leur propre réunion « Nous avons désigné dix-sept  personnes dont cinq femmes et nous allons créer une sorte de Conseil d´administration qui élira une commission qui intégrera la coordination nationale » poursuit Mustapha Abdou Raouf. La coordination nationale devrait donc se mettre en place la semaine prochaine à Marseille.

 

 

Paris, mardi 09 septembre 2008 (HZK-Presse) – Pourtant, cette année plusieurs choix s’offraient aux Comoriens de France qui désiraient passer leurs vacances au pays. Rien que sur Paris, il y avait quatre vols sur sept jours. Trois compagnies aériennes desservaient l’archipel, mais aucune ne faisait réellement de vol direct. Yemenia proposait trois vols réguliers (lundi, mercredi, vendredi) et parfois un vol supplémentaire le samedi. Normalement, la compagnie dessert Moroni à partir de Paris avec une escale à Sanaa, où parfois, les voyageurs sont contraints de dormir, à l’aller ou au retour.


Plus de voyages l’été dernier


L’avion d’Air Austral part de Paris mais aussi de Marseille, se rend à la Réunion puis à Dzaoudzi et Moroni. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les problèmes existent aussi dans cette compagnie française. Voici plusieurs années déjà Mme Touma Ahamada qui habite Marseille a décidé de ne prendre qu’Air Austral, pour se rendre au pays. En 2007, elle a acheté auprès d’une agence marseillaise un billet pour se rendre à Dzaoudzi le 8 juillet, puis à Moroni le 9 juillet.

 
Mais la compagnie a annulé son vol du 9 juillet et les agents sur place ont refusé de l’aider prétextant qu’elle avait « acheté son billet à Marseille » et affirmant ne pas pouvoir lui donner un autre billet au mois de juillet. Ce n’est que le 11 juillet qu’elle a trouvé, par ses propres moyens, une place dans un avion d’une compagnie locale pour pouvoir se rendre à Moroni. Cette année, elle a pourtant repris le même avion et regrette juste les nombreuses escales qui rallongent le temps passé dans les avions. Elle a en effet fait Moroni – Madagascar - La Réunion – Dzaoudzi - Marseille.


Enfin la nouvelle venue, Kenya Airways, a plutôt la côte auprès des voyageurs comoriens. Elle a, elle aussi, multiplié ses vols (jusqu’à trois ou quatre par semaine). Pourtant, le voyage est long. Au trajet classique Paris-Nairobi-Moroni, elle a parfois rajouté une escale à Amsterdam, et les gens sont contraints de dormir à l’aéroport de Nairobi, dans l’attente d’un avion pour se rendre à Moroni.


Encore une nouvelle compagnie


L’arrivée d’un nouveau transporteur redonne de l’espoir à la diaspora comorienne en France, d’autant que selon Cheha Ahamada, cette nouvelle compagnie posséderait « deux appareils et pourrait voler sous pavillon comorien », même si les fonds appartiennent à un groupe koweïtien.

Les partisans du président Sambi présentent déjà la compagnie comme étant l’œuvre de ce dernier, mais en fait les discussions auraient commencé bien avant avec Mze Soulé Elbak, ex-chef de l’exécutif de Ngazidja, si on en croit les confidences de Cheha. La compagnie qui a déjà déposé les demandes d’autorisation en France devrait commencer à transporter des Comoriens à la mi-octobre.


La coordination de la diaspora qui se met en place entend d’ailleurs peser sur le nouveau transporteur. C’est pourquoi elle a décidé pendant la réunion de la Courneuve d’envoyer aux Comores une délégation pour discuter sur les modalités de mise en place de cette nouvelle compagnie avec les autorités. Feue Air Comores aurait donc un remplaçant, près de 15 ans après.

Où est l’Etat ?


Les compagnies aériennes qui desservent les Comores abusent et profitent du fait qu’il n’y a quasiment pas de concurrence et que l’Etat comorien semble trouver son compte dans l’anarchie. Tous les problèmes se posent dans le dernier segment qui mène ou part de Moroni (Sanaa-Moroni, Nairobi-Moroni, Dzaoudzi-Moroni), ce qui montre bien que l’Etat comorien est passif depuis de nombreuses années. Comme s’il fallait attendre l’accident pour commencer à jeter un regard sur les conditions dans lesquelles les Comoriens sont transportés.

S’il faut relever et dénoncer les méthodes des compagnies, il faut aussi aux Comoriens une certaine introspection, une autoanalyse pour trouver leur part de responsabilité, s’ils veulent que les choses changent. En effet, comment ne pas accepter ce qu’on subit à Sanaa, à Nairobi, à Dzaoudzi quand on l’accepte à l’aéroport de Moroni-Hahaya ? Comment des autorités dignes de ce nom peuvent-elles fermer les yeux sur le fait qu’on fasse attendre dans l’aéroport national des citoyens (hommes, femmes, enfants et même bébés) parfois pendant plus de dix heures, sous la chaleur ou le froid de la nuit, sans boissons et sans nourriture ? Comment après cela peut-on se plaindre d’être traités comme des animaux ailleurs ?


Ce n’est pas seulement à l’Etat de prendre ses responsabilités, mais aussi à chaque citoyen de tâcher de se comporter selon les valeurs qui sont celles d’un pays comme les Comores. Des voyageurs comoriens sont parfois mal à l’aise face aux comportements de certains de leurs compatriotes. Ainsi Omar Ahamada, qui voyage beaucoup entre la France et les Comores, pour les besoins de son commerce à Moroni, s’interroge encore du pourquoi c’est toujours sur les fils d’attente des Comoriens qu’il y a le plus de bruits et d’agitation à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris. Il a eu l’occasion d’être encore plus indigné lorsqu’en février 2008, il a vu un jeune comorien vider une bouteille de whisky, puis une fois dans l’avion et soûl, remplir la bouteille de son urine pour l’offrir à une hôtesse, avant de se faire arrêter par la sécurité à Sanaa.

Il est certain que cette fois les acteurs de la diaspora comorienne en France ont décidé d’aller plus loin que la simple protestation habituelle. Toutefois, il convient d’attendre le passage de l’hiver pour juger de l’importance de ce mouvement, de sa capacité à dénoncer mais aussi à remettre en cause certaines habitudes et à agir pour diversifier les offres de transport et créer les conditions de leur amélioration.


Mahmoud Ibrahime, correspondant, Paris

 

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